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Pritzker 2016 : L'hypocrisie d'une institution occidentale

«Il vaut mieux construire la moitié d’une bonne maison qu’achever un mauvais logement»

L’architecte Chilien Alejandro Aravena (ancien membre du jury Pritzker) vient d’être récompensé à 48 ans, par le plus prestigieux prix international, le Pritzker, pour l’ensemble de ses travaux. En plus des réalisations modernes qui montrent le talent indéniable de cet architecte, le jury 2016 a récompensé “l’architecte social et solidaire” pour ses projets de logements sociaux réalisés en “Clos et couvert” !

Cet architecte inconnu auparavant dit vouloir «Faire mieux avec les mêmes moyens» sauf que celui-ci permet aux habitants de ses logements sociaux génériques qu’il dessine de réaliser des transformations importantes à l’intérieur des appartements et qui vont même jusqu’à changer profondément l’aspect extérieur des bâtiments. Se pose alors la question urbaine qui n’apparait pas dans les travaux d’Aravena.

Avouez quand même que cela est étonnant ?! Notre pays a bien connu sa vague “clos et couvert” très vite abandonnée, sauf quelques rares cas dans des promotions ou coopératives privées où les chantiers s’éternisent. Qu’en est-il des résultats ? Est ce que les habitants de ces logements sont plus heureux ? Voici un thème de recherche intéressant.

Ce qui est sure c’est que cette récompense inédite repose des questions de fond autour de l’espace habité et de la problématique de son appropriation par les habitants. Est-il plus judicieux de travailler avec ses clients finaux et leur proposer le meilleur, ou bien doit-on faire l’économie de l’effort de réflexion et de maturation et laisser faire “le génie populaire” sans accompagnement ?

A voir de plus prêt les réalisations sociales de Aravena et ses déclarations, nous restons intrigués par le fait que le patchwork et la mosaïque résultante des transformations des habitants soient tolérées. Qu’en est il du paysage urbain ? Qu’en est il “du tout et de ses fragments” si cher à notre Jean Jacques Deluz national ? Est-ce de l’hypocrisie de la part de cet institution Pritzker que de mettre en avant et de célébrer une pratique que les pays occidentaux n’admettront jamais dans leurs villes ?

Posons aussi la question aux sociologues et au psychologues sur les effets d’une architecture estampillée de la sorte, si elle vient à être généraliser dans les villes ?

En Algérie ce patchwork nous le connaissons bien. Le moins que l’on puisse dire c’est que la liberté des auto-constructeurs, formels ou informels a défiguré durablement nos villes et que des réponses sont à apporter pour rendre l’équilibre à nos paysages urbains, et sur ce point en particulier, travailler avec les habitants pour les rendre plus heureux dans leurs quartiers, dans leur habitat, devient le grand challenge que peu d’architectes osent relever de nos jours. Heureusement que des pionniers existent.

Alors disons le clairement le jury du prix Pritzker de cette année nous déçoit profondément. car il pose maladroitement et avec une légèreté étonnante une problématique d’une extrême complexité. Nous avons, de notre côté une autre conception de l’architecte “social et solidaire”.

Vos commentaires sont les bienvenus !

Par Akli AMROUCHE

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Commentaires

ATTOUT Kafia · janv. 18, 09:48

Je commence d’abord par critiquer sévèrement les escaliers, même si ce n’est pas notre sujet, quand aux façades,” éclectiques”, c’est un choque pour les yeux. Si on laisse la liberté aux citoyens de finir à leur guise, ils finiront, non seulement selon leurs goûts, mais pire encore , selon leurs budget, alors on assistera à un charabia architectural; avec au programme des murs en brique non finis, en parpaings ou en panneaux de façades, des fenêtres qui passeront de bois, au PVC double vitrage, et pourquoi pas des fenêtres de récupération. En conclusion, Je suis entièrement d’accord avec vous Mr Akli AMROUCHE, la façade urbaine doit être soumise à l’appréciation de l’architecte, et l’acte de modifier une façade doit être puni par la lois. Quand au jury du prix pritzker je pense qu’il ne devrait pas encourager ce genre de pratique qui participent à bidonviliser les villes

GUEROUMI Mehdi · janv. 18, 12:52

Je pense que cette démarche n’est pas du tout achevée comme ces construction d’ailleurs, c’est bien de donner un espace d’expression pour les usagers de ces logements, mais ne fallait-il pas un accompagnement de la part de Aravena et des autorités locales ? sous forme de guides pratiques ou une réglementation bien définie pour mieux orienter les éventuelles interventions sur l’aspect extérieur des maison. Cela aurait pu avoir un impact différents et à mon avis beaucoup plus positif.

Lylia Harchaoui · janv. 18, 13:00

Appliqué dans de petites residences rurales, je ne trouve pas ça moche mais très atypique ! Ces maisons ont de la personnalité ! Au pire des cas, il faudrait que les propriétaires soient coachés par des architectes ! Cela crée un ensemble joyeux !

Faheme Mohamed El Hadi · janv. 18, 14:04

Il est clair que dans l’idéalisme qu’ est la démocratie, tous les citoyens devraient avoir un certain niveau intellectuel, ainsi qu’une certaine indépendance monétaire afin de prendre part dans la décision, chose qui est au meilleures des cas “utopique”. Là on voit l’application d’une soi-disante démocratie dans la conception des espaces habitables. Certes, les usagers de l’espace devront avoir des attentes, des espérances, vis à vis du futur lieu de leurs existence terrestre, mais de la jusqu’à laisser la populace construire à sa guise, là ce n’est plus du travail d’architecte. L’architecte en tant que médecin et psychiatre de la société , par son intervention sur le cadre habitable et la notion du confort qui va avec, devrait orchestrer les souhait des usagers avec une certaine finesse artistique, et une précision technique, non pas participer dans l’implémentation du chaos architectural.

Dr. Ben-Hamouche Mustapha · janv. 18, 21:07

Cher Akli
Je crois que le titre est trop offensif. La théorie du “self help housing” date des années 1970’s, ce que nous ignorons à cause de notre formation EPAUiste et l’handicap de la langue. Nous, les architectes “classiques” gardons toujours cette idée d’une architecture pure, produite exclusivement par les architectes, et voyons le citoyen d’un œil douteux et péjoratif. Le prix donne donc une chance à cette tendance déjà développée et expérimentée par Christopher Alexander, John Turner, Habraken ( MIT) et tant d’autres. Amicalement. Soyons donc tolérants envers d’autres tendances.

ArchiHebdo · janv. 20, 20:35

“inconnu auparavant”… mais inconnu des français ouais!:-p
Quand on voit le mauvais goût avec lequel les locataires se sont réappropriée Nemausus de Nouvel, avec leurs papiers peints fleuris ridicules et leur mobilier de ferme de grand-mère… Et la méthode portugaise de laisser toujours inachevés leurs logements pour pas payer des taxes, on en parle?

Akli Amrouche · janv. 21, 07:05

Précisions : Cautionner l’économie de l’effort fournit par l’architecte qui réalise la moitié d’une œuvre sans se soucier d’encadrer son achèvement même “hypothétique” pour laisser libre court aux excentricités, et peu être à l’égocentrisme (voir photos dans l’article) qui prend le devant de la scène, et venir braquer les projecteurs du prestigieux Pritzker, j’avoue que je ne comprend pas !! J’ai de mon côté été formé aux méthodes de l’urbanisme participatif auxquelles j’adhère pleinement. En faisant le tour de la question, même en Amérique latine, il me semble que dédouaner l’architecte de ses responsabilités sociales est très dangereux. Dans ce cas précis, puisque très symbolique et important pour les jeunes générations d’architectes, je vise le concept développé qui me semble dangereux. “on ne peut produire une moitié d’un projet, on va jusqu’au bout pour garantir son aboutissement, sinon on instaure des règles du jeu.
Par ailleurs, je veux juste préciser que je n’ai jamais parlé de l’occident en généralisant j’ai juste pointé avec le titre de l’article, l’institution faite d’hommes et de femmes qui peuvent aussi se tromper (certains pourtant parle de Pritzker-GATE), à rappeler aussi qu’aucun architecte Africain, Maghrébin Arabe ou musulman (peu être Hadid et encore) n’a été primé par cette noble assemblée depuis sa création, un détail non négligeable…. à croire qu’il n’existe pas de grands architectes chez nous autres.

Zidane Mahfoud · janv. 25, 14:22

Salut les gars ! encore un prix (Pritzker) qui récompense une initiative ‘farfelue’ que peuvent entreprendre les locataires des Favelas et autres marginaux des faubourgs de Calcutta, Manille, etc.etc. la liste de ces lugubres endroits (hélas!) serait infinie à énumérer…Bref ! Ce ‘prix’ décerné à un architecte tiers mondiste et inspiré du ‘courant’ ou plus ‘intellectuellement’ ‘théorie’ dite du ‘help self housing’ (anglicisme obligé…) veut encourager (maladroitement) ces initiatives ‘moribondes’ sorties du ‘génie populaire’…c’est lamentable tout simplement quand on pense à Hassan Fathi qui a toujours milité pour ‘construire avec le peuple’ des équipements et des logements qui proposent plus de dignité à ceux que les capitalistes considèreront toujours comme des ‘sous hommes’….

ZEROUAL LOTFI · janv. 27, 08:41

pour quand le pritzker pour un architecte africain ?

GHILESARCHI · janv. 30, 23:23

la solution pour rendre nos villes plus agréables a voir, et donner a leurs habitants un semblant de “bien vivre”, il faut une volonté politique, les autorités doivent arrêter ce” massacre architectural”, il faut aussi des responsables qui ont une idée de ce qui est une ville attrayante pour pouvoir prévoir les instruments nécessaires pour pallier a cette catastrophe, un simple exemple qu’on observe nos villes, le revêtements des façades, un bâtiment de 15 étages dans une artère importante de la ville peint en rose et orange ou vert et bleu, des gardes corps massif sans qu’il y est aucune recherche architectural, il faut des lois pour imposer une certaine uniformité dans les revêtements de façade urbaine sans que pour autant il n y est pas de richesse ou de diversité architectural.
Donc je pense que nous en Algerie, laisser la liberté a l’utilisateur de transformer son habitation, c’est une expérience déjà réaliser et grâce a cela voila ou sommes nous, des villes son âme ou la seul chose qu’on a envie de faire c’est de tout raser la “table rase” comme l’a bien dit le corbusier, sauf que la ça vaut le coup de le faire NON ? crie d’un étudiant en architecture

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